Gondreville à travers l’histoire-étude Aquilon 2026

 

Une matinée pour remonter le temps

Le samedi 19 septembre 2026, à 10 h, une quarantaine d’habitants ont assisté à la présentation de l’étude historique, archéologique et monumentale de Gondreville par Aquilon. Mené sous la direction de Nicolas Bilot, ce travail rapproche archives, plans anciens, vestiges archéologiques et bâtiments. Il nous invite à regarder autrement les rues et les lieux familiers du village.

Bien avant le Gondreville d’aujourd’hui

L’occupation du territoire est bien antérieure aux premières mentions écrites. À La Braze et au Fond Grand Pierre, les fouilles réalisées en 2015 avant la déviation de la RN2 ont révélé un habitat du haut Moyen Âge, occupé de la fin du Ve au Xe siècle, après une exploitation antique. Des bâtiments en bois et en torchis, des silos, des fours à pain et des traces de tissage éclairent la vie des habitants. Le nom de Robert de Gondreville apparaît, lui, dans un acte de 1157.

Les noms de lieux conservent également des souvenirs : le Haut des Essarts et le Fond des Essarts évoquent les terres gagnées sur la forêt. Aquilon relève 32 noms sur le cadastre du XIXe siècle, contre sept dans son relevé contemporain. Leur disparition accompagne les transformations du parcellaire agricole.

Deux grandes fermes et plusieurs seigneurs

Les terres étaient partagées entre familles seigneuriales et établissements religieux. Pierre de Vaucorbeil est notamment attesté par un hommage de 1471. En 1584, Louis des Avenelles, au service de Catherine de Médicis, devient seigneur de Gondreville après un échange avec la famille de La Porte.

La ferme de Saint-Thomas, à l’angle des rues de l’École et de la Poste, est liée à une donation du chanoine Guillaume Descamps à la collégiale de Crépy, en 1497. Elle exploite environ 91 hectares en 1776. Après la Révolution, elle est rachetée par M. de Maintenant de Levremont. Ses bâtiments sont remaniés au fil de l’évolution de l’agriculture.

Bourgfontaine possédait une autre ferme, rue de l’École, face à la mairie actuelle. Elle réunissait maison, granges, étables et bergeries. Les baux montrent des loyers payés en grains et des obligations d’entretien. Presque entièrement disparue, elle conserve un vestige de porte de grange qu’Aquilon situe possiblement à la fin du Moyen Âge ou au XVIe siècle.

Le château et l’ancienne église étaient étroitement liés

En 1606, le domaine du château comprend une habitation, une cour, des bâtiments agricoles, un colombier et des jardins clos. Il couvre environ 3,7 hectares, bien moins que le parc actuel. Une description de 1718 ajoute écuries, bergeries, étable à vaches, abris pour les porcs, cuisine et greniers : la résidence seigneuriale est aussi un centre d’exploitation agricole.

L’ancienne église Saint-Martin se trouvait dans l’actuelle enceinte du château. La lecture des plans suggère qu’elle était accolée au logis et pouvait également servir de chapelle seigneuriale. Un document de 1864 atteste une porte de communication utilisée par les occupants du château. Les paroissiens entraient au sud, face au cimetière. Le cœur du village réunissait ainsi résidence, église et sépultures dans un espace resserré.

Le logis reconstruit vers la tour ?

Les plans du XIXe siècle montrent une habitation plus en retrait du carrefour que sur les représentations anciennes. Aquilon propose que l’ancien logis ait été démoli, puis remplacé par un nouveau bâtiment associé à la tour circulaire, peut-être autour des années 1780-1820. Les chercheurs rapprochent aussi un petit bâtiment isolé des plans anciens d’un possible pigeonnier et s’interrogent sur son lien avec la tour.

Il s’agit donc d’une reconstruction supposée à un autre emplacement, et cette histoire reste à confirmer par l’étude du château sur place. Les maçonneries anciennes et les irrégularités des plans pourraient conserver les traces de plusieurs états successifs.

Un cimetière déplacé, puis une église reconstruite

Le changement de cimetière commence à être envisagé en 1805, avec une proposition d’échange de terrain du propriétaire du château. Les travaux de clôture du nouveau cimetière, rue de l’École, sont réceptionnés en 1836. L’ancien ne reçoit plus d’inhumations à partir de 1846, selon un courrier de 1863. Son transfert précède donc de plusieurs décennies le remplacement de l’église.

Malgré des réparations, l’ancienne Saint-Martin se dégrade. Le 11 novembre 1897, le conseil municipal approuve sa démolition. Charles Richefeu, propriétaire du château, est autorisé à construire une chapelle provisoire en bois sur l’ancien cimetière. Quelques contreforts dans l’enceinte du château restent les témoins de l’église disparue.

 

La naissance de la nouvelle Saint-Martin

Les plans sont présentés le 17 novembre 1900, avec un devis de 35 900 francs. Une souscription contribue au financement et Charles Richefeu s’engage à apporter le complément nécessaire. L’évêque de Beauvais autorise la reconstruction en février 1901 ; les marchés sont examinés en novembre 1902. En février 1903, les habitants demandent une horloge dans le clocher : pour Aquilon, cela suggère que l’édifice est achevé.

De style néogothique, l’église adopte une orientation nord-sud pour s’adapter à sa parcelle. Elle abrite des œuvres plus anciennes que ses murs : le retable du XVIe siècle et une Assomption de la Vierge attribuable au XVIIIe siècle. Le nouvel édifice conserve ainsi une part de la mémoire religieuse du village.

La route, la poste et les voyageurs

Le nouveau tracé de la route royale Paris-Soissons, à partir de 1728, déplace une partie de l’activité vers le sud. Une poste est déjà mentionnée en 1632. Aquilon envisage une implantation ancienne dans la ferme de Saint-Thomas, avant le développement du relais Saint-Martin près de la grande route. On y changeait les chevaux ; les auberges assuraient plutôt les repas et le repos.

L’auberge Saint-Nicolas rappelle ce passage des voyageurs. Le séjour d’un prince de Condé, évoqué sur une carte postale, demeure toutefois non démontré. La borne royale numéro 32 indique, elle, une distance en milliers de toises depuis le parvis de Notre-Dame de Paris. Son « S » renvoie à la route du Sacre, vers Reims par Soissons.

Se chauffer, travailler, apprendre et se retrouver

En 1522, les habitants obtiennent le maintien de droits de ramassage de bois pour le chauffage et de pâturage pour leurs vaches. Les mares et les puits sont essentiels dans ce village sans cours d’eau. Agriculture, élevage et ressources forestières rythment longtemps le quotidien.

Le 14 février 1805, la commune choisit Pascal Guérin, 25 ans, comme maître d’école. Il doit aussi sonner l’angélus trois fois par jour et peut interrompre la classe pendant la moisson : les enfants participent aux récoltes. L’école compte 18 élèves en 1806 et 36 en 1846. En 1873, sa salle, prévue pour 22 enfants, en accueille parfois 30. Les archives évoquent également un jeu d’arc et une rue du jeu de battoir, souvenirs des loisirs collectifs.

La joie de retrouver Alain

Cette rencontre a également été marquée par le retour de notre maire, Alain Bizouard, après son accident. Nous avons été très heureux de le revoir parmi nous. Sa présence et sa prise de parole ont profondément touché l’assemblée, jusqu’aux larmes pour certains de ses proches.

À l’issue de la présentation, un pot de l’amitié a prolongé ce moment de rencontre et de partage. Merci à Aquilon pour ses recherches et à tous les habitants présents. Quelques photographies de la présentation et du pot de l’amitié

Source : Nicolas Bilot (dir.), Gondreville (Oise, Hauts-de-France) : Étude complémentaire historique, archéologique et monumentale, n° 17